http://www.Musicologie.org Frescobaldi, Toccatas & danses. Clavecin, Scott Ross. Enregistré à la salle Blanqui à Paris les 9 & 10 mars 1989 EMI Pathé Marconi CDC 7 49844 2 Par Denis Morrier Ce que l'on nomme désormais l'avènement du "Baroque musical" en Italie , à l'orée du XVIlème siècle, fut ressenti à l'époque comme une réelle brisure, une rupture totale avec un système de pensée et des traditions d'écriture hérités de la mentalité symbolique et des procédés polyphoniques médiévaux. Ainsi, la conception du "beau", qui s'était orientée durant tout le Moyen-Age et la Renaissance vers le contrepoint et sa superposition de voix différentes pourtant équivalentes en intérêt, mais qui prônait aussi l'indissociabilité du traitement vocal et instrumental, changea radicalement. A travers les oeuvres souvent "militantes" de Caccini, Peri, Monteverdi, et de Frescobaldi, l'on put alors assister (selon les propres termes de ces compositeurs) au passage de la prima à la seconda Prattic, du Stile antico au Stile moderno , et à l'émergence des nuove Musiche. Voix et instruments furent dès lors différenciés dans leurs fonctions et dans leurs traitements. La compréhension et la déclamation du texte poétique, et, plus généralement, l'expression individuelle des "passions" devinrent primordiales...d'où la nécessité d'un style d'écriture où une voix prédomine, où un interprète, chanteur ou intrumentiste, se voit confier l'essentiel de la charge émotionnelle d'une oeuvre pour mieux l'incarner à lui seul. En accord avec l'héritage de la pensée humaniste, l'on entra ainsi de plain-pied dans l'ère de l'expression de l'individumusicien, du soliste , en faveur duquel se développa toute une nouvelle littérature et surtout s'élaborèrent de nouvelles formes et techniques d'écriture. Parmi ces dernières, la plus déterminante fut sans conteste l'apparition de la basse continue , procédé caractéristique de l'époque baroque, sorte de "sténographie musicale" où, d'une seule partie de basse parfois surmontée d'indications de chiffrages, on peut déduire un accompagnement improvisé sur un instrument polyphonique (clavecin, orgue, luth, harpe....); ce soutien harmonique et rythmique, simple et efficace, permettant de libérer au mieux l'expression du chanteur ou de l'instrumentiste soliste, désormais placé au premier plan. Si la Renaissance mena à son point de perfection la pure polyphonie vocale comme moyen d'illustration d'un texte à travers des genres tels le madrigal ou la chanson, la naissance du baroque vient à coïncider en revanche avec l'apparition, dans les cénacles des camerate florentines, de la monodie accompagnée, système d'écriture particulièrement révolutionnaire forgé théoriquement à partir du fantasme (très propre à cette fin du XVIème siècle) d'un "retours à l'antique", ou plus exactement du retour à un idéal musical et théâtral "imaginé" des anciens (grecs en particulier). Les oeuvres de Giulio Caccini (Tivoli, ca. 1550; Florence, 1618) sont particulièrement révélatrices de cette quête d'un nouveau langage qui trouvera dans l'opéra son support idéal. Ses deux volumes de monodies accompagnées, Le Nuove Musiche (1601-1602) forment son véritable testament musical et une considérable somme théorique sur la technique et l'ornementation vocales à l'aube du XVIlème siècle [...] Denis Morrier