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Le château de Barbebleue
Opéra en un acte
Musique de Béla Bartók
Livret de Béla Bálazs
d'après Charles Perrault
créé le 24 mai 1918, à l'Opéra de Budapest

Le Château de Barbe-Bleue est l'unique opéra et la première œuvre vocale de Béla Bartók. À l'époque de sa composition, l'artiste, surtout connu pour ses œuvres de jeunesse, était l'une des figures dominantes de la musique hongroise. À l'origine, Bálazs avait écrit un livret pour Zoltan Kodaly, et c'est finalement Bartók qui reprit le projet en 1910. Le texte de Bálazs était assez proche de celui de Maurice Maeterlinck, Ariane et Barbe-Bleue, mis en musique par Paul Dukas quelques années auparavant.

Le livret

Le rideau se lève sur une grande salle circulaire et sombre pourvue de sept portes. La seule source de lumière provient d'une ouverture située en haut d'un escalier par lequel Barbe-Bleue et Judith entrent sur scène.

Judith, qui a épousé Barbe-Bleue contre l'avis de sa famille et qui porte encore sa robe de mariée, découvre sa nouvelle demeure, froide et sombre. Mais elle aime suffisamment son mari pour espérer s'adapter à sa nouvelle vie. Elle remarque alors les sept portes et demande à son époux de les ouvrir. Barbe-Bleue refuse d'abord; sa femme insiste et il finit par céder.

L'ouverture des portes dévoile successivement une salle de tortures, un local rempli d'armes, un trésor aux joyaux tâchés de sang et un jardin splendide où les plantes poussent sur de la terre pleine de sang. L'héroïne découvre ensuite un paysage recouvert par des nuages rouges comme le sang et un lac immense rempli de larmes. Dans la dernière pièce, Judith trouve trois femmes mortes, les épouses précédentes de son mari. Barbe-Bleue explique qu'elles sont l'incarnation du matin, du midi et du soir de sa vie car il a passé la matinée avec la première, l'après-midi avec la seconde et la soirée avec la troisième. Judith, la quatrième, la plus belle de toutes, rencontrée la nuit, préfigure l'obscurité dans laquelle il va sombrer à nouveau. Parée de bijoux, elle disparaît par la septième porte qui se referme derrière elle, laissant Barbe-Bleue seul dans le noir.

La réception de l'œuvre

Tenue aujourd'hui pour l'une des compositions les plus importantes du répertoire lyrique hongrois, le Château de Barbe-Bleue n'obtint pourtant pas un succès immédiat. Présentée à un concours d'opéra organisé par un club de Budapest, l'œuvre fut rejetée parce que le jury la considéra comme inexécutable. Elle dut attendre 1918 et le succès du ballet le Prince de bois pour être enfin créée à Budapest. Mais avec l'installation en 1920 du régime ultraconservateur du contre-amiral Horthy, la pièce ne fut pas reprise. En effet, le nouveau gouvernement refusait que Béla Bálazs, le librettiste, soit cité, parce qu'il était socialiste. Aussi Bartók refusa-t-il de donner le spectacle dans ces conditions. Ce n'est qu'en 1938 que la compagnie de l'Opéra de Budapest présenta de nouveau le Château de Barbe-Bleue à Florence.

Depuis, la pièce est jouée très fréquemment. Ces nombreuses productions scéniques démentent la prétendue non-théâtralité de l'œuvre. Sa qualité dramatique repose, non pas sur le livret qui est, certes, assez statique, mais sur l'éclairage changeant que la musique apporte au texte.

Livret
(traduction P. Unwin et C. Lamarque) 

PROLOGUE

Sorti, sortilège,
Où donc le cacherais-je ?
Eut-il lieu dehors ou dedans ?
Ce vieux récit, qui le comprend,
Seigneurs et gentes dames ?

On chante, et je vous vois,
Vous qui me voyez, moi.
Le rideau devant nos yeux se lève,
Sur la vérité ? sur le rêve ?
Seigneurs et gentes dames...?

Aventure fameuse,
Heureuse et malheureuse...
Dehors : le monde et ses combats :
Mais nous guette un autre trépas,
Seigneurs et gentes dames...

Ce conte, c'est le nôtre,
Le mien comme le vôtre.
D'où qu'il vienne, il nous émerveille.
Ouvrons bien grandes nos oreilles,
Seigneurs et gentes dames.

(Le rideau s'écarte derrière lui,
et la musique commence)

Premiers accords du drame...
Déjà monte la flamme...
Mais que de mes yeux le rideau
Retombe au milieu des bravos,
Seigneurs et gentes dames.

Un château vieux, très vieux,
Terrible et merveilleux...
C'est le Château de Barbe-Bleue...
Ecoutez-le, écoutez :
C'est le Château de Barbe-Bleue.

En alternance, Barbe-bleue d'abord, puis Judith :

Nous sommes arrivés. Regarde :
Voici le Château de Barbe-Bleue.
Tu dois passer du jour à la nuit.
Veux-tu encore me suivre, Judith ?

Oui, je te suis. Duc Barbe-Bleue.
Entends sonner le tocsin :
Ta chère mère est en larmes,
Ton père fourbit déjà son épée,
Ton frère selle un rapide destrier.

Veux-tu encore me suivre, Judith ?

Oui, je te suis. Duc Barbe-Bleue.

Tu t'arrêtes. Veux-tu t'en retourner ?
Non, ce n'est que ma lourde robe
Qui s'est accrochée, rien que ma robe.

Vois, la porte est encore ouverte.

Duc Barbe-Bleue !
J'ai abandonné mon père, ma mère,
J'ai quitté mon frère bien aimé.
J'ai rompu mes fiançailles,
Je me suis enfuie pour te suivre.
Duc Barbe-Bleue, si tu me chasses,
Je me coucherai sur ton seuil,

Je peux donc fermer la porte
(La petite porte d'acier se referme.
La salle, à présent, est juste assez éclairée pour que l'on puisse apercevoir
les sept grandes portes noires et les deux personnages)

Voici donc le Château de Barbe-Bleue.
Pas de fenêtres, pas d'ouvertures.

Non.

Le soleil ne luit-il donc jamais ?

Jamais.

Toujours glacé, à jamais obscur ?

A jamais, toujours.

Tout ce que l'on raconte se tait ici.
Toutes les rumeurs s'étouffent dans le silence.

Les connais-tu ?

Ton château est si sombre et triste.
Tes murs suintent, Duc Barbe-Bleue.
Pourquoi ces larmes sur mes mains ?
Les pierres de ton château pleurent-elles ?

Belle Judith, n'était-ce plus gai
Dans la maison de ton père ?
Les rosés sur les terrasses blanches,
Le soleil inondant les salles ?

Tais-toi, tais-toi. Duc Barbe-Bleue !
Peu m'importe la lumière du jour !
Le soleil, les roses ne sont rien.
Tais-toi... tais-toi...
Ton château est si sombre et triste,
Infortuné Duc Barbe-Bleue.

Pourquoi m'as-tu suivi, Judith ?
Mes cheveux sécheront les larmes
De ces pierres éplorées ;
De mon corps je réchaufferai
Ces pierres sépulcrales.
Me le permets-tu.
Duc Barbe-Bleue, Mon bien-aimé ?
Notre amour réchauffera le roc,
Le vent traversera les remparts.
Soleil et joie empliront les salles.

Jamais mon château ne s'éclairera pour toi.

Ces portes verrouillées et muettes.

Sept portes noires et muettes.

Pourquoi donc sont-elles closes ?

Nul ne les peut franchir.

Ouvre-les moi, ouvre-les moi.
Le vent et le soleil y doivent pénétrer.

Te souviens-tu de ces légendes ?

La clarté doit baigner ton château.
Le soleil joyeux, les douces brises,
Ton pauvre et sinistre château.
Ouvre-les, ouvre-les, ouvre-les !
(Elle frappe à la première porte.
Un caverneux soupir lui répond,
tel le vent nocturne qui gémit sans fin dans des labyrinthes ténébreux)

As-tu peur ?

Oh! j'entends tes murs soupirer.
Ouvrons la porte. Ouvrons la porte ;
Sans toi je l'ouvrirai, seule.
(Alors que la serrure tourne, le soupir caverneux se fait à nouveau entendre)

Ecoute, entends-tu ?
(La porte tourne sans bruit sur ses gonds,
dévoilant un rectangle rouge sang dans le mur,
telle une blessure ouverte.
Une lueur rouge en sourd,
projetant sur le sol un long rayon)

Ah !
Que vois-tu ? Que vois-tu ?

Des chaînes, des dagues, des crochets
Chauffés au rouge !

Ma chambre de torture, Judith.

Terrible est la chambre de tortures,
Duc Barbe-Bleue ! Terrible, terrible !

As-tu peur ?

Les murs de ton château saignent,
Tous les murs baignent de sang,
Le sang.

As-tu peur ?

Je n'ai pas peur ; vois, le jour point !
Aube écarlate ! Vois la lumière !
Cette lueur,
Une fontaine de soleil.

Bouge fontaine, fontaine sanglante.

Regarde donc, vois l'aube qui luit,
Clarté céleste.
J'ouvrirai toutes les portes,
Une fraîche brise les doit percer,
J'ouvrirai toutes les portes.

Sais-tu seulement ce qu'elles cachent ?

Donne-moi toutes les clés
Les clés de toutes ces portes.
Je dois toutes les ouvrir !
Les ouvrir toutes.

Pourquoi ce désir Judith ?

Parce que je t'aime.

Mon château tremble de toutes parts
Tu peux ouvrir toutes les portes.
Prends garde à mon château Judith,
Prends garde, sois prudente.

Je l'ouvrirai tout doucement
Tout doucement.
(La serrure claque, la porte s'ouvre découvrant une ouverture jaune rougeoyant, sombre, inquiétant.
Le second rayon s'allonge aux cotés du premier sur le sol)

Que vois tu ?

Des milliers d'armes aiguisées,
Des milliers d'armes effrayantes.

Ma salle d'armes, Judith.

Tu es grand, fort et puissant
Mais tu es cruel, Duc Barbe-Bleue.

As-tu peur ?

Du sang sur les épées, les dagues,
des taches rouges sur toutes les armes !

As-tu peur ?

Donne-moi aussi les autres clés !

Judith ! Judith !

Vois, en la seconde, fontaine de soleil,
Vois, vois donc !
Donne-moi aussi les autres clés.

Prends garde Judith, prends garde.

Donne-moi aussi les autres clés.
Sais-tu ce que les autres portes abritent ?
Je t'ai suivi parce que je t'aime
Ici je suis à toi, je suis à toi
Révèle-moi tous tes secrets,
Donne-moi la clé de chaque porte.

Mon château tremble de toutes parts,
Les portes des oubliettes s'entrouvent ;
Judith, Judith, il est doux le sang
Qui sourd des fraîches blessures.

Je t'ai suivi parce que je t'aime,
Donne-moi la clé de chaque porte.
Je te donnerai encore trois clés

Vas et vois, mais ne me demande rien.
Regarde, mais ne me pose plus de questions.

Donne-moi donc les autres clés.
Pourquoi hésites-tu ? Ouvre donc !
(Tourne la clé. La porte tourne avec un son profond et métallique.
Un rayon d'or flamboie et va s'étendre auprès des deux premiers)
Montagne d'or ! Joyaux sans nombre !
(Elle s'agenouille et fouille dans le trésor.
Sur le seuil, on aperçoit des joyaux, une couronne et un manteau d'hermine)
Chaînes brillantes et diamants Sombres rubis, perles luisantes
Manteau royal, couronne de gloire.

Ma salle du trésor, Judith !

Te es donc riche. Duc Barbe-Bleue.

Toutes ces richesses sont dès lors tiennes.

Ces joyaux sont tachés de sang !
Ces couronnes sont tachées de sang !

Ouvre la quatrième porte.
Ouvre au soleil, à la lumière.
(Elle se précipite vers la quatrième porte et l'ouvre.
Des branches chargés de fleurs apparaissent,
baignant dans une lumière turquoise.
Le nouveau rayon va s'étendre auprès des autre)

Ah! Fleurs de rêve, Odorant jardin
Blotti sous le roc et l'acier.

Voici mon jardin des merveilles.

Monceaux de fleurs !
Des lys géants, purs, élancés,
Roses soyeuses, blanches comme neige,
Corolles de pourpre, ivres de rosée,
Jamais ne vis pareilles beautés.
Chaque fleur s'incline et te salue;
Ton regard les a fait s'épanouir.
Ton regard les fera se faner
Et s'épanouir encore glorieusement.

Le sang perle sur chaque rose,
Les lys géants pleurent du sang.

Ton regard les fait s'épanouir
Saluant l'aube, elles te saluent.

Qui saigne pour abreuver ton jardin ?

Judith, Judith, plus de questions
Vois comme le château resplendit
Ouvre donc la cinquième porte.

(Dans un mouvement brusque,
Judith se précipite vers la cinquième porte et t'ouvre violemment.
On aperçoit une grande baie, ouvrant sur une large perspective.
La lumière y entre à flot. Judith, éblouie, abrite ses yeux de sa main)
Ah!

Vois ! Aussi loin que le regard porte,
S'étend le pays dont je suis maître,
Terre immense, terre noble.

Grande est la terre, noble est la terre.

Tendres prairies, sombres forêts
Calmes rivières, ruisseaux rieurs,
Majestueuses montagnes bleues.

Grande est la terre, noble est la terre.

Tout t'appartient, belle Judith
L'aube dorée, le crépuscule,
Le soleil, la lune, tes. étoiles,
Seront tes compagnons de jeux.

Ces taches rouges dans le ciel !
Quels sont ces nuages de sang ?

Vois comme le soleil resplendit
Inondant mon pauvre château.
Oui, tes mains sont bénies, Judith,
Et que les chants éclatent enfin !
Viens dans mes bras, viens m'embrasser !

Deux portes sont encore closes.

Judith, Judith, vois : je t'attends
Viens m'embrasser, viens dans mes bras !

Deux portes sont encore closes.

Tu m'as demandé la lumière
Vois comme elle inonde la salle !

Deux portes encore, deux portes closes
Tournent vers moi leurs faces muettes.

Prends garde, Judith, prends garde,
Ne fais pas s'épanouir la clarté !

Ouvre-moi les dernières portes
Duc Barbe-Bleue, Duc Barbe-Bleue !

Pourquoi tant t'obstiner Judith
Quand je t'offre le bonheur ?

Ouvre-les, ouvre-les !

Je te donne encore une clé.
(Comme elle déverrouille la serrure, un profond soupir se fait entendre, Judith recule)

Judith, Judith ne l'ouvre pas.
(Elle ouvre la porte avec rage.
La pièce s'obscursit légèrement comme si une ombre la survolait}

Je vois une eau qui dort, sans ride
Limpide et calme sans mouvement.
Quelle est donc cette eau mystérieuse ?

Ce sont des larmes, Judith, des larmes.

Eau incolore, eau sans cœur.

Ce sont des larmes, Judith, des larmes.
Judith, Judith, vois : je t'attends,
Viens m'embrasser !
Viens m'embrasser, viens dans mes bras.
La dernière doit rester close,
Close à jamais.

Prends moi, aime-moi. Duc Barbe-Bleue.
M'aimes-tu vraiment. Duc Barbe-bleue ?

Toi qui éclaires ce château,
Embrasse-moi, plus de questions.

Dis-moi, dis-moi, Duc Barbe-Bleue
Qui avant moi tu as aimé ?

Toi la clarté, toi la lumière,
Embrasse-moi, sans questionner.

T'étaient-elles plus chères que moi
Les autres femmes que tu as connues ?
Réponds, réponds, Duc Barbe-Bleue !

Judith, aime-moi sans question.

Ouvre-moi la dernière porte !
Plus de secret, Duc Barbe-Bleue
Ce que tu caches, je le sais
Du sang sur tes armes de guerre,
Du sang sur ta couronne de gloire,
Du sang sur les pétales des fleurs,
Des nuages de sang aux cieux :
Maintenant je sais Barbe-Bleue
Qui pleura pour remplir ce lac.
Toutes ces femmes ont souffert ;
Cruel, sanglant duc Barbe-Bleue
Point de légendes : la vérité !

Judith !

La vérité !

J'en ai la preuve, preuve, sanglante,
Ouvre-moi la dernière porte !

Prends, prends ! Voici l'ultime clé.
Ouvre-la donc et vois enfin :
Mes amours d'antan t'y attendent.
(Quand la serrure claque, les cinquième et sixième portes se referment avec un doux soupir.
La salle devient plus sombre.
Seules les quatre premières portes illuminent la salle de leurs rayons colorés.
Et la septième porte s'ouvre, et un long et mince rayon de lune sortant de l'ouverture vient baigner les visages de Judith et de Barbe-Bleue de sa lumière argentée).

Vivantes toutes ! Toutes vivantes !

(Par la dernière porte sortent les précédentes femmes du Duc.
Elles sont trois. Elles portent des couronnes et leurs corps sont couverts de joyaux sans prix.
Elles sont pâles, leur port est altier et fier.
L'une après l'autre elles avancent puis s'arrêtent devant Barbe-Bleue qui tombe à genoux en hommage).

Beauté royale ! Beauté sans prix !
Elles vivront éternellement.
Elles ont amassé mes richesses,
Elles ont soigné, nourri mes fleurs,
Elles ont agrandi mon royaume,
Et tout ici leur appartient.

Elles sont riches et elles sont belles.
Je ne suis rien auprès d'elles.

J'ai trouvé la première à l'aurore.
Eblouissante au point du jour.
Chaque aube est désormais la sienne,
A elle son manteau de rosée
Et sa couronne légère d'argent ;
Chaque aube est désormais la sienne.

Ah! elle est plus riche que moi
(La première femme retourne lentement d'où elle était venue).

J'ai trouvé la seconde à midi,
Flamboyante à l'heure chaude ;
Chaque midi est dès lors le sien,
Avec son lourd manteau de feu
Et sa couronne d'or et de gloire.
Chaque midi est dès lors le sien.

Ah! elle est plus belle que moi.
(La seconde femme repasse la porte).

J'ai trouvé la troisième au soir,
Calme et paisible dans la fraîcheur :
A elle chaque crépuscule
Avec son pesant manteau d'ombre.
A elle chaque crépuscule.

Plus belle et plus riche que je ne suis.
(La troisième femme s'en retourne.
Pendant un long moment, Barbe-Bleue regarde Judith en silence.
La quatrième porte se referme doucement).

J'ai trouvé la quatrième à minuit.

Attends, attends, Duc Barbe-Bleue !

Sous le manteau piqué d'étoiles

Attends, je suis encore là.

Ton pâle visage étincelant
Ta chevelure d'ébène au vent,
Chaque nuit est tienne désormais.
(Il va à la troisième porte et en rapporte la couronne, la cape et les joyaux que Judith avait placés sur le seuil.
La troisième porte se referme. Il place le manteau sur les épaules de Judith).

A toi le manteau d'étoiles.

Epargne-moi, Duc Barbe-Bleue.

A toi la couronne de diamants.

Epargne-moi, Oh c'est trop lourd !

A toi le poids de mon royaume.

Epargne-moi, Oh c'est trop lourd !

Beauté royale, beauté sans prix,
Tu es la reine de toutes mes femmes,
La plus belle de toutes
(Ils se fixent longuement.
Pliant sous le poids du manteau, la tête inclinée,
Judith prend le chemin des autres femmes suivant le rayon de lune jusqu'à la septième porte.
Elle entre et la porte se referme sur elle).

Désormais, tout sera ténèbres,
Ténèbres, ténèbres...
(La scène sombre dans l'obscurité, Barbe-Bleue s'évanouit)

 

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