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Bizet Georges 1838-1875

  
Les Pêcheurs de perles Opéra
en trois actes Livret de Michel Carré et Eugène
Cormon
Orchestre des concerts Lamoureux Choeurs Elisabeth
Brasseur Jean Fournet dir.
Léïla, Pierette alarie Nadir, Léopold
Simoneau Zurga, René Bianco Nourabad, Xavier Depraz
Philips 434 782 ADD, 2 volumes Enregistré
en 1954
Description du volume
Disque 1
- Prelude
- Sur la greve en
feu
- Amis, interrompez
vos danses
- Demeure parmi nous,
Nadir
- C'est
toi. toi qu'enfin je revois
- Au fond du temple
saint
- Que vois-je?
- Sois la
bienvenue
- Seule
au milieu de nous ... Brahma, divin Brahma!
- A cette voix
- Je crois entendre
encora
- Le ciel est
bleu
- O Dieu Brahma
Disque 2
- L'ombre descend des
cieux
- Me
voila seule dans la nuit ... comme autrefois
- De mon amie fleur
endormie
- Leila! Leila!
Dieu puissant
- Ah! revenez a la
raison
- L'orage s'est
calme
- Qu'ai-je vu ? (O ciel! quel
trouble)
- Je fremis, je
chancelle
- Entends au loin
ce bruit de tete
- Des que le
soleil
- Sombres
divinites
- O lumiere sainte
- Finale, Ce sont eux, les voici
 Couverture
de la partition
Argument
Acte I : Une plage de
l'île de Ceylan. Les pêcheurs reviennent comme chaque année au lieu de pêche que
leur ménage la mousson. Zurga est élu chef du clan. Arrive Nadir, ami de
toujours de Zurga. Ensemble, ils évoquent leur passé et leur passion d'autrefois
pour une prêtresse entrevue à Candi. Tous deux l'avaient fuie pour ne pas
compromettre leur amitié. Les anciens du village sont allés chercher celle qui,
virginale, devra par ses chants apaiser la mer et favorisera la pêche. La
tradition rituelle exige que la jeune fille ait fait vœu de chasteté. Nadir
reconnaît alors en Leïla celle dont ils étaient tous deux épris. Leïla reconnaît
Nadir qu'elle avait revu en secret.
Acte Il
: Les ruines
d'un temple. Leïla se repose. Le prêtre Nourabad lui rappelle ses engagements.
Elle lui raconte comment elle a un jour risqué sa vie pour sauver un étranger.
Celui-ci lui avait alors offert un collier. Plus tard, Nadir rejoint Leïla en
escaladant les rochers qui surplombent la mer. Les jeunes gens se déclarent leur
amour et décident de se retrouver là chaque soir, mais le grand prêtre les
découvre et ameute les pêcheurs et Zurga. Celui-ci reconnaît en Leïla, la
prêtresse de jadis, pris de jalousie, il condamne les deux traîtres à mort. Une
tempête terrible se lève. Les pêcheurs, terrorisés, sont persuadés qu'il s'agit
de la vengeance des dieux offensés.
Acte III
: Scène 1
: Zurga se lamente et regrette sa cruauté. Leïla essaie d'obtenir de lui la
grâce de Nadir, mais elle ne réussit qu'à ranimer la jalousie de Zurga. Avant
qu'on ne l'emmène, elle lui demande de donner, après sa mort, son collier à sa
mère. Zurga reconnaît dans le bijou celui qu'il avait offert à l'adolescente qui
l'avait sauvé jadis. Scène 2
: Les pêcheurs attendent l'aube pour exécuter Nadir et Leïla, mais Zurga
surgit : le camp brûle. Tous se précipitent. Zurga, qui a allumé l'incendie pour
créer une diversion, délivre Nadir et Leïla et les force à s'enfuir. Il reste
seul et se sacrifie...
Livret
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ACTE 1
Une plage aride et sauvage de l'île de Ceylan, quelques huttes en
bambous; palmiers; au loin, ruines d'une ancienne pagode indoue et la mer
éclairée par un soleil ardent. Des pêcheurs achèvent de dresser leurs tentes
pendant que des autres dansent et boivent aux sons des instruments indous.
CHŒUR
Sur la grève en feu Où dort le flot bleu, Nous dressons nos
tentes! Dansez jusqu'au soir, Filles à l'œil noir, Aux tresses
flottantes! Chassez, chassez par vos chants, Chassez, chassez les esprits
méchants!
Voilà notre domaine! C'est ici que le sort Tous les ans
nous ramène, Prêts à braver la mort! Sous la vague profonde, Plongeurs
audacieux À nous la perle blonde Cachée a tous les yeux!
Sur la
grève en feu, etc
ZURGA
Amis, interrompez vos danses et vos jeux! Il est temps de choisir un chef
qui nous commande, Qui nous protège et nous défende, Un chef aimé de tous,
vigilant, courageux!
CHŒUR
Celui que nous voulons pour maître Et que nous choisissons pour roi Ami
Zurga, ami Zurga, c'est toi!
ZURGA
Qui, moi?
CHŒUR
Oui, oui, sous notre chef! Nous acceptons ta loi. Ami, ami, sois notre
chef! Nous acceptons ta loi.
ZURGA
Vous me jurez obéissance?
CHŒUR
Sois notre chef!
ZURGA
À moi seul la toute puissance?
CHŒUR
Sois notre roi!
ZURGA
Eh bien! c'est dit! c'est dit!
CHŒUR
Sois notre chef À toi seul la toute puissance, Sois notre chef et
notre roi!
ZURGA
C'est dit! c'est dit!
(Nadir paraît au fond et descend parmi les rochers.)
CHŒUR
Mais qui vient là?
ZURGA
(allant au devant de Nadir)
Nadir! Nadir! ami de ma jeunesse Est-ce bien toi que je revois?
CHŒUR
C'est Nadir, le coureur des bois!
NADIR
Oui, Nadir, votre ami d'autrefois! Parmi vous compagnons que mon bon
temps renaisse! Des savanes et des forêts Où les traqueurs tendent
leurs
rêts, Des savanes et des forêts J'ai sondé l'ombre et le mystère! J'ai
suivi le poignard aux dents, Le tigre fauve aux yeux ardents, Et le jaguar
et la panthère! Ce que j'ai fait hier, mes amis, Vous le feriez
demain! Oui, vous le feriez demain! Compagnons, donnons-nous la main!
CHŒUR
Amis, amis, donnons-lui la main!
ZURGA
Demeure parmi nous, Nadir, Et sois des nôtres!
NADIR
Oui! mes vœux désormais Mes plaisirs sont les vôtres!
ZURGA
Eh bien! prends part à nos jeux! Ami, bois avec moi, danse et chante avec
eux! Avant que la pêche commence, Saluons le soleil, l'air et la mer
immense!
CHŒUR
Sur la grève en feu, etc
(Les pêcheurs dansent, puis se dispersent. Zurga et Nadir restent
seuls.)
ZURGA
C'est toi, toi qu'enfin je revois! Après de si longs jours, après de si
longs mois Où nous avons vécu séparés l'un de l'autre, Brahma nous
réunit! quelle joie est la nôtre! Mais parle, es-tu resté fidèle à ton
serment? Est-ce un ami que je revois ou bien un traître?
NADIR
De mon amour profond, j'ai su me rendre maître!
ZURGA
Oublions le passé, fêtons ce doux moment! Soyons frères, restons amis
toute la vie! Mon cœur a banni sa folie!
NADIR
Oui, le calme est venu pour toi, Mais l'oubli ne viendra jamais!
ZURGA
Que dis-tu?
NADIR
Zurga, quand tous deux nous toucherons à l'âge Où les rêves des jours
passés De notre âme sont effacés, Tu te rappelleras notre dernier
voyage; Et notre halte aux portes de Candi.
ZURGA
C'était le soir! Dans l'air par la brise attiédi, Les brahmines au
front inondé de lumière, Appelaient lentement la foule à la prière!
Duet:
NADIR
Au fond du temple saint Paré de fleurs et d'or, Une femme
apparaît! Je crois la voir encore!
ZURGA
Une femme apparaît! Je crois la voir encore!
NADIR
La foule prosternée La regarde, etonnée, Et murmure tous bas: Voyez,
c'est la déesse! Qui dans l'ombre se dresse Et vers nous tend les bras!
ZURGA
Son voile se soulève! Ô vision! ô rêve! La foule est à genoux!
NADIR ET ZURGA
Oui, c'est elle! C'est la déesse plus charmante et plus belle! Oui,
c'est elle! C'est la déesse qui descend parmi nous! Son voile se soulève
et la foule est à genoux!
NADIR
Mais à travers la foule Elle s'ouvre un passage!
ZURGA
Son long voile déjà Nous cache son visage!
NADIR
Mon regard, hélas! La cherche en vain!
ZURGA
Elle fuit!
NADIR
Elle fuit! Mais dans mon âme soudain Quelle étrange ardeur s'allume!
ZURGA
Quel feu nouveau me consume!
NADIR
Ta main repousse ma main!
ZURGA
Ta main repousse ma main!
NADIR
De nos cœurs l'amour s'empare Et nous change en ennemis!
ZURGA
Non, que rien ne nous sépare!
NADIR
Non, rien!
ZURGA ET NADIR
Jurons de rester amis! Oh oui, jurons de rester amis! Oui, c'est elle!
C'est la déesse! En ce jour qui vient nous unir, Et fidèle à ma
promesse, Comme un frère je veux te chérir! C'est elle, c'est la
déesse Qui vient en ce jour nous unir! Oui, partageons le même
sort, Soyons unis jusqu'à la mort!
ZURGA
Que vois-je? Une pirogue aborde près d'ici! Je l'attendais! O dieu
Brahma! merci!
NADIR
Qui donc attendais-tu?
ZURGA
Une femme inconnue Et belle autant que sage, Que les plus vieux de
nous, Selon le vieil usage, Loin d'ici, chaque année, Ont soin d'aller
chercher! Un long voile à nos yeux Dérobe son visage; Et nul ne doit la
voir, Nul ne doit l'approcher! Mais pendant nos travaux, Debout sur ce
rocher, Elle prie, et son chant Qui plane sur nos têtes Écarte les
esprits méchants Et nous protége! Elle approche! ami, Fête avec nous
son arrivée!
(Léïla, le front couvert d'un voile, paraît suivie de Nourabad.
Nadir seul, plongé dans une rêverie profonde, n'aperçoit pas Léïla.)
CHŒUR
C'est elle, c'est elle, elle vient! On l'amème ici! La voici!
(entourant Léïla et lui offrant les fleurs)
Sois la bienvenue, Amie inconnue, Daigne accepter nos
présents! Chante, et que l'orage Apaise sa rage, Amie à tes doux
accents!
Que la troupe immonde Des esprits de l'onde S'envole à ta
voix!
Ah! viens chasser par tes chants Les esprits de l'onde, Des
prés et des bois.
Amie inconnue Ici reçois nos présents Sois la
bienvenue.
Protége-nous! Veille sur nous!
ZURGA
(s'avançant vers Léïla)
Seule au milieu de nous Vierge pure et sans tache promets-tu de
garder Le voile qui te cache?
LÉÏLA
Je le jure!
ZURGA
Promets-tu de rester fidèle à ton serment? De prier nuit et jour au bord
du gouffre sombre?
LÉÏLA
Je le jure!
ZURGA
D'écarter par tes chants Les noirs esprits de l'ombre De vivre sans
ami, sans époux, sans amant?
LÉÏLA
Je le jure!
ZURGA
Si tu restes fidèle et soumise à ma loi, Nous garderons pour toi la perle
la plus belle, Et l'humble fille alors sera digne d'un roi!
(avec menace)
Mais si tu nous trahis, si ton âme succombe Aux pièges maudits de
l'amour, Malheur à toi!
CHŒUR
Malheur à toi!
ZURGA
C'est ton dernier jour!
CHŒUR
Malheur à toi!
ZURGA
Pour toi s'ouvre la tombe!
CHŒUR
Malheur à toi!
ZURGA
La mort t'attend!
CHŒUR
Oui!
NADIR
(se levant et s'avançant vers Léïla)
Ah! funeste sort!
LÉÏLA
(à part)
Ah! c'est lui!
ZURGA
(saisissant la main de Léïla)
Qu'as-tu donc? Ta main frissonne et tremble, D'un noir presentiment ton
cœur est agité! Eh bien, fuis ce rivage où le sort nous rassemble Reprends
ta liberté!
CHŒUR
Parle! réponds!
LÉÏLA
(les yeux tournés vers Nadir)
Je reste! Je reste ici quand j'y devrais mourir! Que mon sort glorieux
ou funeste s'accomplisse! Je reste, mes amis, ma vie est à vous.
ZURGA
C'est bien à tous les yeux tu resteras voilée. Tu chanteras pour nous sous
la nuit étoilée, Tu l'as promis!
LÉÏLA
Je l'ai juré!
ZURGA
Tu l'as juré!
NADIR
Tu l'as juré!
CHŒUR
Brahma, divin Brahma, que ta main nous protége! Des esprits de la nuit,
viens écarter le piège! O Dieu Brahma, nous sommes tous à tes genoux! O
Brahma, divin Brahma, que ta main nous protége!
(Sur un ordre de Zurga, Léïla gravit le sentier qui conduit au
temple, suivie de Nourabad; ils disparaissent bientôt dans les profondeurs du
temple; les hommes descendent sur le rivage; Zurga se rapproche de Nadir qui n'a
cessé de suivre du regard de Léïla qui, une seule fois, s'est retournée vers
lui, lui tend la main et s'éloigne avec un dernier groupe de pêcheurs. Le jour
baisse peu à peu.)
NADIR
(seul)
À cette voix quel trouble agitait tout mon être? Quel fol espoir? Comment
ai-je cru reconnaître? Hélas! devant mes yeux déjà, pauvre insensé, La
même vision tant de fois a passé! Non, non, c'est le remords, la fièvre, la
délire! Zurga doit tout savoir, j'aurais tout lui dire! Parjure à mon
serment, j'ai voulu la revoir! J'ai decouvert sa trace, et j'ai suivi ses
pas! Et caché dans la nuit et soupirant tout bas, J'écoutais ses doux
chants emportés dans l'espace.
Je crois entendre encore, Caché sous
les palmiers, Sa voix tendre et sonore Comme un chant de ramier! O nuit
enchanteresse! Divin ravissement! O souvenir charmant! Folle ivresse!
doux rêve!
Aux clartés des étoiles, Je crois encore la
voir, Entr'ouvrir ses longs voiles Aux vents tièdes du soir! O nuit
enchanteresse! etc Charmant souvenir!
(Il s'entend sur une natte et s'endort.)
CHŒUR
(dans la coulisse)
Le ciel est bleu! La mer est immobile et claire! Le ciel est bleu!
(Léïla, amenée par Nourabad, paraît sur le rocher qui domine la
mer.)
NOURABAD
Toi, reste là, debout sur ce roc solitaire!
(Les fakirs s'accropissent aux pieds de Léïla, et s'allument un
bûcher de branches et d'herbes sèches dont Nourabad attise la flamme, après
avoir tracé du bout de sa baguette un cercle magique dans l'air.)
Aux lueurs du brasier en feu, Aux vapeurs de l'encense qui monte jusqu'à
Dieu, Chante, chante, nous t'écoutons!
NADIR
(à demi endormi)
Adieu, doux rêve! Adieu!
LÉÏLA
(debout sur la roche)
O Dieu Brahma! O maître souverain du monde!
CHŒUR
(dans la coulisse)
O Dieu Brahma!
LÉÏLA
Blanche Siva! Reine à la chevelure blonde!
CHŒUR
Blanche Siva!
LÉÏLA
Esprits de l'air, esprits de l'onde...
NADIR
(se réveillant)
Ciel!…
LÉÏLA
…Des rochers, des prés, des bois!…
NADIR
…Encore cette voix!
LÉÏLA
…Écoutez ma voix!
CHŒUR
Esprits de l'air, Esprits de l'onde, Esprits des boix!
LÉÏLA
Dans le ciel sans voile, Parsemé d'étoiles, Au sein de la
nuit Trasparent et pur, Comme dans un rêve, Penché sur la grève, Mon
regard, oui, mon regard vous suit À travers la nuit! Ma voix vous
implore, Mon cœur vous adore, Mon chant léger, Comme un oiseau semble
voltiger!
CHŒUR
Ah! chante, chante encore! Oui, que ta voix sonore, Ah! que ton chant
léger, Loin de nous, chasse tout danger!
LÉÏLA
Ah!
NADIR
(Il s'est glissé jusqu'au pied du rocher.)
Léïla! Léïla!
(Léïla se penche vers lui et écarte son voile un instant.)
Ne redoute plus rien! Me voici! Je suis là! Prêt à donner mes jours, mon
sang pour te défendre!
CHŒUR
Ah! chante, chante, encore! Etc
LÉÏLA
Pour toi, pour toi que j'adore, Ah! je chante encore! Je chante pour
toi que j'adore! Il est là! Il m'écoute! Ah!
NADIR
Ah! Chante, chante encore! O toi que j'adore, Ne crains nul
dnager! Je viens pour te protéger! Ne crains rien, je suis là! Léïla,
ne crains rien! Léïla, je suis là! |
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ACTE 2
(Les ruines d'un temple indien; au fond, une terrasse élevée
dominant la mer. Le ciel est étoilé.)
CHŒUR
(dans la coulisse)
L'ombre descend des cieux; La nuit ouvre ses voiles, Et les blanches
étoiles Se baignent dans l'azur Des flots silencieux!
NOURABAD
(il s'avance vers Léïla)
Les barques ont gagné la grève; Pour cette nuit, Léïla, notre tâche
s'achève. Ici tu peux dormir.
LÉÏLA
Allez-vous donc, hélas! me laisser seule?
NOURABAD
Oui; mes ne tremble pas, Sois sans crainte. Par là des rocs
inaccessibles Défendus par les flots grondants; De ce côté, le camp; et
là, gardiens terribles, Le fusil sur l'épaule et le poignard aux
dents, Nos amis veilleront!
LÉÏLA
Que Brahma me protége!
NOURABAD
Si ton cœur reste pur, Si tu tiens ton serment, Dors en paix sous ma
garde Et ne crains aucun piège!
LÉÏLA
En face de la mort, J'ai su rester fidèle a serment Qu'une fois j'avais
fait.
NOURABAD
Toi? Comment?
LÉÏLA
J'étais encore enfant un soir, je me rappelle, Un homme, un fugitif,
implorant mon secours, Vint chercher un refuge en notre humble
chaumière; Et je promis, le cœur ému par sa prière, De le cacher à tous de
protéger ses jours. Bientôt une horde farouche accourt, La menace à la
bouche, On m'entoure! Un poignard sur mon front est levé, Je me tais, le
nuit vient, il fuit, il est sauvé! Mais, avant de gagner la savane
lointaine: "O courageuse enfant," dit-il, "va prends cette chaîne Et
garde-la toujours en souvenir de moi!" Moi, moi, je me
souviendrai! J'avais sauvé sa vie et tenu ma promesse!
NOURABAD
C'est bien! Songes-y, tous nos maux Zurga peut te demander
compte Songes-y, songe à Dieu!
(Il sort avec les fakirs.)
CHŒUR
(dans la coulisse)
L'ombre descend des cieux, etc
LÉÏLA
Me voilà seule dans la nuit, Seule en ce lieu désert où regne le silence!
(Elle regarde autour d'elle avec crainte.)
Je frissonne, j'ai peur! et le sommeil me fuit!
(regardant du côté de la terrase)
Mais il est là! Mon cœur devine sa présence!
Comme autrefois dans la
nuit sombre, Caché sous le feuillage épais, Il veille près de moi dans
l'ombre, Je puis dormir, rêver en paix!
Il veille près de
moi, Comme autrefois, comme autrefois C'est lui! mes yeux l'ont
reconnu! C'est lui! mon âme est rassurée! O bonheur! Il est venu, Il
est là près de moi, ah!
Comme autrefois dans la nuit sombre, etc
(Le son d'une guzla se fait entendre.)
NADIR
(dans le coulisse, de très loin)
De mon amie, Fleur endormie Au fond du lac silencieux, J'ai vu dans
l'onde Claire et profonde Et inceler le front joyeux Et les doux yeux!
(La voix se rapproche.)
Ma bien-aimée est enfermée…
LÉÏLA
Dieu!
NADIR
…Dans un palais d'or et d'azur;…
LÉÏLA
La voix se rapproche!
NADIR
…Je l'entends rire, Et je vois luire…
LÉÏLA
Un doux charme m'attire!
NADIR
…Sur le cristal du gouffre obscur…
LÉÏLA
Ciel!
NADIR
…Son regard pur!
LÉÏLA
Ah! c'est lui!
(Nadir paraît sur la terrasse; il descend parmi les ruines.)
NADIR
Léïla! Léïla!
LÉÏLA
Dieu puissant, le voilà!
NADIR
Près d'elle, me voilà!
LÉÏLA
Par cet étroit sentier Qui borde un sombre abîme, Comment es-tu venu?
NADIR
Un Dieu guidait mes pas, Un tendre espoir m'anime! Rien, non rien ne
m'a retenu!
LÉÏLA
Que viens-tu faire ici? Fuis, la mort te menace!
NADIR
Apaise ton effroi, pardonne!
LÉÏLA
J'ai juré! Je ne dois pas te voir!
NADIR
Ah! fais-moi grâce.
LÉÏLA
Le mort est sur tes pas!
NADIR
Ne me repousse pas!
LÉÏLA
Ah! va-t'en!
NADIR
Ah! le jour est loin encore Nul ne peut nous surprendre, Ah! Léïla,
souris à mon espoir!
LÉÏLA
Non, séparons-nous!
NADIR
Ah! pourquoi repousser…
LÉÏLA
Il en est temps encore…
NADIR
…Un ami qui t'implore!
LÉÏLA
…Ah! va-t'en!
NADIR
Léïla! Léïla!
LÉÏLA
Ah! la mort est sur tes pas. Ah! par pitié, éloigne-toi!
NADIR
Hélas!
Ton cœur n'a pas compris le mien! Au sein de la nuit
parfumée, Quand j'écoutais l'âme charmée, Les accents de ta voix
aimée, Ton cœur n'a pas compris le mien!
LÉÏLA
Ainsi que toi je me souviens! Au sein de la nuit parfumée, Mon âme
alors libre et charmée, À l'amour n'était pas fermée! Ainsi que toi je me
souviens!
NADIR
J'avais promis d'éviter ta présence, Et de me taire à tout jamais; Mais
de l'amour, hélas! ô fatale puissance! Pouvais-je fuir les beaux yeux que
j'aimais?
LÉÏLA
Malgré la nuit, malgré ton long silence, Mon cœur charmé avait lu dans ton
cœur! Je t'attendais, j'ésperais ta présence! Ta douce voix m'apportait le
bonheur!
NADIR
Est-il vrai? que dis-tu? Doux aveu, ô bonheur! Oui! Ton cœur n'a pas
compris le mien! Au sein de la nuit parfumée, etc
LÉÏLA
Ah! Ainsi que toi je me souviens! Etc
ENSEMBLE
Ô doux moment!
LÉÏLA
(se degageant de ses bras)
Ah! revenez à la raison! Partez! Partez vite! Je tremble!
NADIR
Que l'amour chaque soir Dans l'ombre nous rassemble!
LÉÏLA
Oui, oui! demain je t'attendrai!
NADIR
Oui, demain je te rêverrai!
(Ils se séparent. Coup de feu. Léïla pousse en cri et tombe à
genoux.)
NOURABAD
Malheur sur eux! malheur sur nous! Accourez! venez tous!
(Il se met à la poursuite de Nadir.)
CHŒUR
Quelle voix nous appelle? Quel présage de mort nous attend en ces lieux?
(L'orage éclate dans toute sa furie.)
O nuit d'épouvante! La mer écumante Soulève en grondant Ses flots
furieux!
SOPRANOS
Pâle et frémissante, Muette et tremblante, D'où vient sa
terreur? D'où vient son effroi? Nuit d'épouvante La mer écumante, O
nuit d'effroi, Nuit d'épouvante! Nuit d'horreur, Nuit d'effroi!
CONTRALTOS, TÉNORS ET BASSES
O nuit d'horreur, Mon cœur d'effroi palpite! O nuit
d'horreur, Brahma, pitié, pitié! O nuit d'épouvante, La mer
écumante Soulève en grondant Ses flots furieux, Oui, nuit
d'horreur, Nuit d'horreur, Nuit d'effroi!
NOURABAD
(Il reparaît suivi des fakirs armés de torches.)
Dans cet asile sacré, dans ces lieux redoutables, Un homme, un étranger,
profitant de la nuit, À pas furtifs…
CHŒUR
Que dit-il?
NOURABAD
…s'est introduit…
CHŒUR
Est-il vrai?
NOURABAD
(montrant Nadir qu'on amène au fond)
…Le voici! Voici les deux coupables!
CHŒUR
Voici les deux coupables! Ah! Nadir! O trahison! Nadir! O trahison!
(Ils menacent Nadir et Léïla de leurs poignards.)
Pour eux point de grâce! Non! Ni pitié! Ni merci! Non! La mort! La
mort! Pour eux point de grâce!
LÉÏLA
O sombre menace!
NADIR
Leur demander grâce!
NOURABAD
Ni pitié, ni grâce!
CHŒUR
Pour eux point de grâce!
LÉÏLA
O funeste sort! O sombre manace! Hélas, funeste sort! Tout mon sang
se glace! Pour nous c'est la mort! Hélas! Je tremble! O ciel! La mort
nous menace! Funeste sort! O sombre menace! Brahma, protége-nous! Je
meurs d'effroi!
NADIR
Non, plutôt la mort! Leur demander grâce? Leur folle menace Fait mon
bras plus fort! Ne crains rien, Mon bras te protége! Je saurai braver
leurs coups! Venez, je vous brave, Oui, je brave les cieux! Je ris de
leur courroux! Je braverai votre fureur! Venez, je vous attends!
CHŒUR
Pour tous deux la mort! Malgré sa menace! Qu'ils aient le même
sort! Esprits des ténèbres, Prêts à nous punir, Vos gouffres
funèbres Pour eux vont s'ouvrir! Ni pitié, ni merci! Pour eux la
mort! Oui, punissons leurs forfaits!
(On va pour les frapper, Nadir se jette devant Léïla pour la
protéger.)
ZURGA
Arrêtez! arrêtez! C'est à moi d'ordonner de leur sort.
CHŒUR
La mort! pour eux la mort!
ZURGA
Vous m'avez donné la puissance, Vous me devez obéissance. Comapgnons,
j'ai votre serment, Obéissez, je le veux!
CHŒUR
Qu'ils partent donc! Nous faisons grâce au traître! Zurga le veut, Zurga
commande en maître!
ZURGA
Partez, partez!
OURABAD
(arrachant le voile de Léïla)
Avant de fuir à tous fais toi connaître!
ZURGA
(reconnaissant Léïla)
Ah! qu'ai-je vu? C'était elle! o fureur! Vengez-vous!
vengez-moi! Malheur! malheur sur eux!
CHŒUR
Pour eux point de grâce!
LÉÏLA
O sombre manace! O funeste sort! Brahma, protége-nous! Je meurs
d'effroi!
NADIR
Leur demander grâce? Non, plutôt la mort! Oui, je braverai les
cieux! Je ris de leur courroux! Je braverai votre courroux!
ZURGA
Ni pitié, ni grâce, Pour tous deux la mort! Point de pitié, qu'ils
meurent! Qu'ils tombent sous nos coups! Pour eux la mort!
CHŒUR
Pour eux point de grâce! Point de pitié, pour eux la mort! Oui,
punissons leur forfait! Pour eux la mort!
(L'orage éclate avec fracas.)
NOURABAD
Ah! la foudre en éclats Va tomber sur nos fronts! Brahma!
CHŒUR
Brahma! divin Brahma! Que ta main nous protége! Nous jurons de punir leur
amour sacrilége! O dieu Brahma, nous sommes tous à tes genoux! Brahma!
divin Brahma! Que ta main nous protége!
(Sur un geste impérieux de Zurga, on entraîne Nadir; Léïla est
emmenée par les prêtres.) |
ACTE 3
(Une tente indienne fermée par une draperie. Une lampe brûle sur une
petite table en jonc.)
ZURGA
(il paraît sur le seuil de la tente)
L'orage s'est calmé. Déjà les vents se taisent! Comme eux les colères
s'apaisent!
(Il laisse tomber la draperie.)
Moi seul j'appelle en vain le calme et le sommeil. La fièvre me dévore et
mon âme opressée N'a plus qu'une pensée: Nadir doit expirer au lever du
soleil!
(Il tombe accablé sur les coussins.)
O Nadir, tendre ami de mon jeune âge! O Nadir, lorsqu'à la mort je t'ai
livré! O Nadir, hélas, par quelle aveugle et folle rage Mon cœur était-il
déchiré! Non, non, c'est impossible! J'ai fait un songe horrible! Non,
tu n'as pu trahir ta foi! Et le coupable, hélas! c'est moi! O remords! o
regrets! Ah! qu'ai-je fait?
O Nadir, tendre ami de mon jeune âge! O
Léïla, radieuse beauté! Pardonnez à l'aveugle rage! De grâce pardonnez aux
transports d'un cœur irrité! Malgré moi, le remords m'oppresse! Nadir,
Léïla, hélas! J'ai honte de ma cruauté! Ah! pardonnez aux transports d'un
cœur irrité!
(Il tombe accablé. Léïla paraît. Deux pêcheurs la tiennent et la
menacent de leurs poignards.)
Qu'ai-je vu? O ciel! quel trouble! Tout mon amour se réveille à sa
vue! Près de moi, qui t'amène?
LÉÏLA
J'ai voulu te parler à toi seul.
ZURGA
(aux pêcheurs)
C'est bien! vous sortez!
LÉÏLA
(à part)
Je frémis, je chancelle! De son âme cruelle Hélas! que vais-je
obtenir? Sous son regard, l'effroi vient me saisir. De son âme cruelle que
vais-je obtenir?
ZURGA
Je frémis devant elle! Léïla qui est belle! Oui, plus belle encor, au
moment de mourir, Oui, c'est Dieu qui la conduit ici Pour me
punir!
Ne tremble pas, approche, je t'écoute!
LÉÏLA
(elle se jette aux pieds de Zurga)
Zurga, je viens demander grâce. Par Brahma, par le ciel, par tes mains que
j'embrasse, Épargne un innocent et ne frappe que moi! Pour moi je ne
crains rien, Zurga, Mais je tremble pour lui! Ah! sois sensible à ma
plainte Et deviens notre appui. Il me donne son âme! Il est tout mon
amour!
ZURGA
Tout son amour!
LÉÏLA
Ardente flamme, hélas! Voici son dernier jour!
ZURGA
Son dernier jour!
LÉÏLA
Ah! pitié Zurga, ah, pitié! Par ma voix qui supplie, Ah, laisse-toi
fléchir! Accorde-moi sa vie, Zurga je t'en conjure, Accorde-moi sa
vie, Pour m'aider à mourir!
ZURGA
Qu'entends-je?
LÉÏLA
Ah, laisse-toi fléchir! Accorde-moi sa vie, Pour m'aider à mourir!
ZURGA
Pour t'aider à mourir! Ah! Nadir! j'aurais pu lui pardonner
peut-être Et le sauver, car nous étions amis! Mais tu l'aimes!
LÉÏLA
Grand Dieu!
ZURGA
Tu l'aimes!
LÉÏLA
Je frémis!
ZURGA
Tu l'aimes! Ce mot seul a ranimé ma haine et ma fureur!
LÉÏLA
Dieu!
ZURGA
En croyant le sauver, Tu le perds pour jamais!
LÉÏLA
Par grâce, par pitié!
ZURGA
Plus de prière vaine!
LÉÏLA
Par grâce, par pitié!
ZURGA
Je suis jaloux!
LÉÏLA
Jaloux?
ZURGA
Comme lui, Léïla, je t'aimais!
LÉÏLA
Ah! de mon amour pour lui Tu m'oses faire un crime?
ZURGA
Son crime est d'être aimé Quand je ne le suis pas!
LÉÏLA
Ah! du moins dans son sang Ne plonge pas tes bras!
ZURGA
En voulant le sauver, Tu le perds à jamais!
LÉÏLA
Ah! que de ta fureur, Seule je sois victime!
ZURGA
Tu l'aimes! il doit périr!
LÉÏLA
Par pitié! par le ciel! Eh bien! va, venge-toi donc, cruel! Va, cruel,
va!
Va, prends aussi ma vie; Mais, ta rage assovie, Le remords,
l'infamie, Te poursuivront toujours! Que l'arrêt s'accomplissent, Et
qu'un même supplice Dans les cieux réunisse À jamais tendre amour. Va,
prends ma vie, Je te défie, Oui, l'infamie te poursuivra toujours. Va
barbare, va cruel, Les remords te poursuivront toujours! Ah barbare! Ah
cruel!
ZURGA
O rage! o fureur! O tourment affreux! O jalousie! Tremble! Ah!
crains ma fureur! Oui, crains ma vengeance! Que l'arrêt
s'accomplisse! Point de grâce, proint de pitié! Tu vas périr avec
lui! Pour tous deux, oui, la mort!
LÉÏLA
Zurga, je te maudis, Je te hais et je l'aime à jamais!
ZURGA
O fureur, O fureur!
(Nourabad reparaît au fond, suivi de quelques pêcheurs. Cris de joie
dans l'éloignement.)
NOURABAD
Entends au loin ce bruit de fête! L'heure est venue!
LÉÏLA
Et la victime est prête!
ZURGA
Allez!
LÉÏLA
Pour moi s'ouvre le ciel!
(à un jeune pêcheur)
Ami, prends ce collier, Et quand je serai morte, Qu'à ma mère on le
porte! Va, je prierai Dieu pour toi!
(Zurga s'empare du collier.)
ZURGA
Ce collier… Celle qui m'a sauver! Je ferai mon devoir!
(Nourabad et les pêcheurs entraînent Léïla. Zurga les suit.)
---
Un site sauvage avec au milieu un bûcher. Des feux éclairent la
scène d'une façon sinistre. À droite, un trépied supportant un brûle-parfums.
(Il fait encore nuit. Nadir est assis, gardé par deux pêcheurs. Le vin
de palmiers circule dans les coupes. Danses et chants.)
CHŒUR
Dès que le soleil, Dans le ciel vermeil, Versera sa flamme, Nos bras
frapperont Et se plongeront Dans leur sang infâme! Ardente
liqueur Verse en notre cœur Une sainte extasse: Qu'un sombre
transport, Présage de mort, Soudain les embrasse. Brahma! Brahma!
(Léïla paraît conduite par Nourabad, et précédée du grand-prêtre;
ses yeux recontrent le regard de Nadir fixé sur elle.)
NOURABAD ET CHŒUR
Sombres divinities, Zurga les livre à nos bras irrités!
(Une lueur rougeâtre éclaire le fond du théâtre et fait croire aux
indiens que le jour va paraître.)
NOURABAD
Le jour enfin perce la nue ,…
CHŒUR
Oui!
NOURABAD
…Le soleil luit, l'heure est venue!
CHŒUR
Oui!
NOURABAD ET CHŒUR
Frappons! Oui!
(Ils lèvent les poignards sur Nadir.)
ZURGA
(entrant, effaré et tentant une hâche à la main)
Non! non! ce n'est pas le jour! Regardez, c'est le feu du ciel Tombé
sur nous des mains de Dieu!
(Les indiends se retournent terrifiés. Zurga descend au milieu
d'eux.)
La flamme envahit et dévore votre camp! Courez tous! il en est temps
encore Pour arracher vos enfants au trépas, Courez, courez, que Dieu guide
vos pas!
(Tous sortent en désordre, à l'exception de Nourabad, qui, seul, a
gardé son soupçon. Il feint de s'éloigner et se cache derrière les arbres.)
ZURGA
(s'élançant vers Léïla)
Mes mains ont allumé le terrible incendie Qui menace leurs jours et vous
sauve la vie,
(de sa hâche il brise les fers qui retenaient Nadir)
Car je brise vos fers!
NADIR
Dieu!
ZURGA
(à Léïla, lui montrant le collier)
Léïla, souviens-toi, tu m'as sauvé jadis!
LÉÏLA
O ciel!
ZURGA
Soyons sauvés par moi!
LÉÏLA ET NADIR
Dieu!
(Nadir et Léïla tombe dans les bras l'un de l'autre. Nourabad qui a
tout entendu court prévnir les indiens.)
LÉÏLA ET NADIR
O lumière sainte, O divine étreinte, Je suis sans crainte Car il
nous arrache Enfin au trépas. Zurga nous délivre Et nous fait
revivre, Je veux te suivre; Rien ne me saurait Ravir à tes bras! Je
veux rester dans tes bras!
ZURGA
O lumière sainte, O divine étreinte, Je vais sans plainte Les
sauvant tous deux Courir au trépas. O dieux comme ils s'aiment!
(à Léïla et Nadir)
Ce sont eux, les voici! Fuyez par ce passage!
(à Nadir)
Emporte ton trésor Loin de ce bord sauvage!
LÉÏLA ET NADIR
Et toi, Zurga?
ZURGA
Dieu seul sait l'avenir!
(Léïla et Nadir partent. Nourabad entre en scène avec quatre chefs
indiens pour se saisir de Léïla et Nadir; Zurga les empêche de passer.)
NOURABAD
(montant Zurga)
C'est lui, le traître! Il a sauvé leur vie!
LES CHEFS
À mort!
(Zurga s'élance sur sa hâche restée à terre prêt à défendre sa vie,
mas un indien le poignarde par derrière. Il tombe. Zurga se traîne du côté où
Léïla et Nadir ont fui; comme pour les protéger encore.)
ZURGA
Ah! Adieu!
(Nourabad sort suivi des quatres chefs.)
Léïla, je t'aimais!
LÉÏLA ET NADIR
Plus de crainte, o douce étrainte, Le bonheur nous attend
là-bas! Sainte ivresse, plus de tristesse! Oui, le ciel guidera nos
pas! Ah viens! Le bonheur nous attend là-bas!
ZURGA
Ma tâche est achevée, J'ai tenu mon serment! Il vit, elle est
sauvée! Rêves d'amour! adieu!
(Léïla et Nadir disparaissent. Zurga retombe.)
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